Rap et médias, le torchon brûle

Le 6 mars dernier, Sneazzy sort le clip Zéro Détail, en featuring avec Nekfeu. Très vite, la polémique enfle. Ce n’est pas la première fois que rap et média s’entrechoquent. La relation entre le rap et l’univers médiatique, notamment à la télévision, n’a jamais été au beau fixe. Eclairage.

Des exemples à la pelle

C’est à la télévision que la tension entre les médias mainstream et le rap français atteint son paroxysme. Faire un listing de toutes les polémiques sur le petit écran n’a aucun intérêt, il est plus intéressant d’essayer de comprendre pourquoi en France, à la différence d’autres genres musicaux, le rap subit une différence de traitement. Car oui, il y a bien une forme de « discrimination ». En 2020, tous les rappeurs ne peuvent pas aller sur n’importe quel plateau de télévision, à la différence de chanteurs de variété par exemple. Ce mépris entre les deux parties est en partie réciproque. Quand Eric Zemmour qualifie le rap de « sous culture d’analphabètes », on comprend bien que les rappeurs ne sont, en conséquent, pas forcément enclin à aller sur les plateaux TV. Et ne croyez pas que Zemmour est un exemple isolé. Thierry Ardisson compare Vald à Eminem et annonce la couleur dès le début de l’interview : « Vous n’êtes pas vraiment un rappeur comme les autres. Vous n’êtes pas noir, vous ne passez pas vos journées en salle de muscu, et vous savez que le verbe croyer n’existe pas ». Le décor est planté : toute l’interview est un malaise palpable. Juste après, Vald rétorque sur ses réseaux sociaux : « J’ai grave la haine. […]C’est finie la TV, ils connaissent rien, ils ont des axes douteux ». On peut aussi citer Ruth Elkrief face à NTM, Yann Barthès face à Vald, Yann Moix et Léa Salamé face à Nekfeu, etc… En dehors du cadre télévisuel, les piques médiatiques au rap sont aussi nombreuses : l’orthographe de Jul et la soit-disant misogynie d’Orelsan par exemple.

Et ce qui est particulièrement reproché aux hommes de télé c’est une vision du rap erronée, caricatural où tous les rappeurs sont noirs, musclés issus de quartiers populaires. C’est ce dernier point qui est particulièrement intéressant. Il est bien vrai que la majorité des rappeurs français sont issus de quartiers populaires de banlieue parisienne. Quand un sondage révèle que plus de deux tiers des Français trouvent les banlieues « pauvres » et « dangereuses », il est assez logique de comprendre que les clichés sur les banlieue se transposent sur le rap.

La télévision, une vision trop conservatrice pour le rap

Né dans le Bronx, quartier populaire et multiculturel de New York, le rap est l’expression populaire par la définition, comme pourrait l’être le graffiti aussi par exemple. En France, c’est donc dans les quartiers les plus populaires que se développent le rap, au début du siècle. De plus, la population résidant dans ces quartiers est souvent issu de l’immigration. On retrouve là le côté multiculturel du Bronx. En résumé, le Bronx, lieu de naissance du rap, et les quartiers français où se développent le plus le rap, ont beaucoup de similitudes démographiques.

C’est ici, dans le Bronx, qu’est né le rap dans les années 1970

La vision plutôt conservatrice de la télévision n’est plus à démontrer. Et il est facile de comprendre que l’opinion conservatrice peut avoir du mal avec la sincérité des paroles du rap. En effet, quand la majorité des artistes de variété française use de procédés ou figures de style difficilement compréhensible, les rappeurs font tout l’inverse. « Le rap, c’est vrai, c’est pur » dit Booba. Et il est d’autant plus vrai qu’à la différence d’autres styles musicaux, l’interprète est aussi le parolier. Il parle de sujets qu’il connaît et maîtrise et cela se ressent. Ainsi, le public peut plus facilement s’identifier puisque les sujets évoqués lui sont bien plus familiers.

Le développement des médias rap

Face à cela, nous avons vu ces dernières années l’émergence de médias ou émissions entièrement dédiés au rap. Le plus connu est sans aucun doute Planète Rap, diffusé sur Skyrock depuis 1996. L’émission de Fred Musa est une référence et est devenu un passage incontournable pour tous les rappeurs en promotion. On peut aussi citer OKLM Radio ou Booska-P. Aujourd’hui, dans le cadre de la promotion de projets, les rappeurs semblent privilégier des médias spécialisés comme ces derniers ou des formats touchant plus facilement un jeune public comme Konbini par exemple.

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