PNL, écrire pour survivre

Le monde est à eux. Le troisième projet de PNL, Dans la légende, a atteint le million de ventes à l’international, Deux Frères s’approche du disque de diamant et leurs clips culminent plusieurs millions de vues. Ademo et N.O.S avaient annoncé la couleur dès leur premier album : le monde ou rien. Pourtant, rien ne les destinait à être sur le toit du rap français. En effet, la musique s’apparente plus comme une échappatoire afin de fuir une vie qu’ils n’ont jamais voulue.

PNL en concert / Crédit photo : Anthony Ghnassia

Le trafic pour sauver la famille

Comme Simba ou Mowgli, Ademo et N.O.S ont grandi dans la jungle. Dans leur jungle plutôt. Puisqu’avant de conquérir le rap français, les deux frères vendaient de la drogue dans leur cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes. Et ce business était leur quotidien, comme le rappelle Ademo dans le refrain de J’vends (Le Monde Chico). Et le fait de vendre tous les jours fait que les deux frères s’habituent à ce milieu. Ils y sont tellement coutumiers que la présence policière ne les inquiète même plus : Je prends le rainté devant les baceux (J’vends). Et comme pour la musique, le seul objectif de ce trafic était de mettre à l’abri la famille. L’esprit QLF (Que La Famille) était déjà présent, bien avant le lancement de PNL avec leur EP intitulé…Que La Famille.

Le premier projet de PNL est sorti en 2015.

La place centrale de ce trafic est aussi évoquée dans les textes de PNL : c’est le hall. Dans Porte de Mesrine, on comprend qu’ils y passent énormément de temps : Les gens partent au taf, peu stupéfaits de voir qu’en revenant, j’suis toujours là. Dans Chang (Deux Frères), N.O.S. effectue une sorte de retour aux sources et se souvient de ces années : Sur cette chaise dans ce hall, j’me sens si bien. Il y a pas passé tellement de temps qu’il finit par bien s’y sentir alors qu’un hall d’immeuble n’est pas forcément un lieu de vie très agréable.

Le rejet du trafic

En effet, ne croyez pas que Tarik et Nabil prenaient du plaisir à vendre de la drogue : C’est avec cette merde que la mif graille (Naha, Dans la légende). Encore une fois, dans J’vends, on comprend bien que c’est un travail long et pénible, en témoigne le refrain dans lequel la répétition « J’vends » met en avant l’ennui et le côté répétitif de leur activité. Le refrain de Je vis je visser (Que La Famille) laisse aussi entrevoir la monotonie de la vente : Je vis je visser j’m’ennuie, je vis je visser, j’bibi, je vis je visser j’m’enfuis.
C’est d’ailleurs à cause du trafic de drogue qu’Ademo a fait de la prison, ce qu’il rappelle dans Plus Tony Que Sosa : La première fois j’suis bétom, j’ai laissé le terrain à Nabil. Depuis toujours, ils sont lucides des dangers et des risques du trafic et mettent en garde ceux qui sont toujours dans ce business : J’ai mal, j’vois mes semblables en bas, bas, bas, faire rampampampa (Da, Dans la légende).

Les deux frères, bien conscients que le trafic qu’ils ont mené était de la basse besogne, rappellent qu’ils ont été quelque peu forcés de le faire : Dîtes à la juge qu’on la fait pour survivre (Mexico, Le Monde Chico). L’objectif était simple : mettre la famille à l’abri et vendre de la drogue est un moyen, comme la musique, d’y parvenir. Et c’est là toute la contradiction qui tiraille les deux frères. D’un côté, ils ont fait le bien en mettant leurs proches à l’abri grâce à leur label QLF Records (qui comprend entre autre DTF ainsi que BBP qui réalise la majorité de leur prod’). De l’autre, l’ensemble de leurs activités musicales ont vu le jour grâce à une activité illicite comme le rappelle Feve, un de leur ingénieur du son, dans un article du magasine américain The Fader.

PNL en une du magasine The Fader en 2016

Le succès de leur musique leur a permis de les libérer d’une condition sociale qu’eux mêmes rejettent. Le rap a sauvé Tarik et Nabil d’une vie de trafic. Alors qu’avant ils gagnaient leur vie par une activité illicite, aujourd’hui la musique leur permet de mettre à l’aise eux et leurs proches. Et cette expérience de dealer donne à leur parole une légitimité très forte. A la différence de certains autres rappeurs, ils méprisent la condition de trafiquants et se permettent même de dénoncer cela. En effet, dans le clip de Jusqu’au dernier gramme, Béné, un des personnages, est un dealer mais il doit fuir d’autres personnages avec qui il est en conflit. Il est obligé de dormir dans la rue dans une baignoire abandonnée. Quand certains glorifient le trafic de drogue en pensant que tout dealer a le même flow et la même destinée que Tony Mantana dans Scarface, PNL, par leurs textes, leurs clips mais avant tout par leur histoire, rappelle le côté sombre du trafic. Ce trafic, qu’ils n’ont jamais souhaité, les a forgés, leur a permis de se construire une histoire mais aussi de faire ressortir leur haine, leur mélancolie. Ce sont ses sentiments qui leur ont permis d’écrire certains des plus grands classiques du rap français, et conquérir le monde…chico.

Le clip Au DD tourné au sommet de la Tour Eiffel est le symbole de la réussite de PNL. Crédit photo : Anthony Ghnassia

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