Orelsan, de Caen au succès

Depuis la sortie de son premier album Perdu d’avance en 2009, Orelsan fait partie des valeurs sûres du rap français. Son dernier album, La fête est finie, sortie en 2017, est certifié disque de diamant et a réalisé le deuxième meilleur démarrage du rap français de la dernière décennie. Entre ces deux albums, le public a pu suivre une évolution artistique mais aussi humaine extrêmement intéressante.

Perdu d’avance, l’histoire d’un jeune Normand perdu

« Ce que j’aime bien avec Orelsan, c’est qu’on peut s’identifier facilement ». Voilà l’argument que l’on entend souvent de la part des fans du rappeur caennais. Dès le premier son de l’album, Etoiles Invisibles, Orelsan annonce la couleur : Je passe des nuits à rien faire, je regarde le temps défiler pendant que la pluie tape à la fenêtre. Ce premier album, c’est tout simplement l’histoire d’un mec de province de 26 ans qui raconte sa vie ennuyante de province. Rien que le nom de l’album évoque ce côté monotone et défaitiste, ce qu’explique Orelsan lui-même : « Je l’avais appelé Perdu d’avance car j’aime bien ce côté je vais rien faire, je vais tiser, fumer et rester chez moi » Et pendant tout l’album, on comprend qu’Orelsan semble coincé dans cette situation : Plus j’avance, plus je grandis, plus je comprends rien explique-t-il dans Changement, un son auquel on peut associer deux adjectifs :

  • réaliste : durant tout le son, Orel’ évoque ses galères quotidiennes que tout le monde connaît
  • dénonciateur : la comparaison entre la période de son enfance-adolescence à celle qui vit au moment l’écriture du son occupe une place majeure : On trouvait jamais de meufs, on traînait qu’entre testicules, maintenant le gens se regroupent dans les chambres pour prendre des pilules. Le rappeur normand a presque la haine contre la génération qui le précède et met en avant les différences entre les deux générations.
Perdu d’avance est certifié disque de platine.

Ces thématiques sont celles qui reviennent le plus tout au long de l’album. Cet album est juste celui d’un homme « normal ». A la différence d’autres rappeurs où les thématiques de trafic de drogue et d’egotrip sont plus compliqués à saisir pour un grand public, Orelsan, bloqué entre une flemme monstrueuse et l’envie de percer (Certains rêvent de signer en major pendant qu’on en fabrique une).

Le Chant des Sirènes

2 ans plus tard sort son deuxième album solo, Le Chant des sirènes, qui sera certifié double disque de platine. Après un premier album très personnel, cette fois, Orelsan s’attaque au monde du show business et des différentes dérives de la société. Sur ce dernier point, les morceaux Plus rien ne m’étonne ou Suicide social sont les exemples les plus criants. Tout au long de ces deux sons, le rappeur va dénoncer certaines facettes sociétales sous deux formats différents. Dans Plus rien ne m’étonne, le ton est un peu ironique et décalé en évoquant certains aspects de société qui le touchent personnellement. A l’inverse, dans Suicide social, personne n’est épargné et le ton est bien plus grave. En effet, Orelsan se met dans la peau d’un suicidaire qui énumère tout ce qui va mal en France.

Le deuxième album d’Orelsan est sorti en 2011.

Au delà des frontières françaises, le morceau La petite marchande de porte clés s’inscrit dans la même dynamique mais du point de vue d’une petite fille chinoise exploitée dans une usine. A la différence des autres prods’ de l’album, celle-ci est bien plus épurée et moins futuriste que les autres. En effet, c’est une autre différence avec le premier album : cette fois ci, les prods’ sont bien plus sophistiqués et renforcent le côté novateur et rupture voulu par Orelsan. On comprend cela dès le début du morceau 2010 dans lequel Orel’ commence par : Hé Skread [le nom de son beatmaker], balance cette merde rétro-futuriste !

La parenthèse Casseurs Flowters et La fête est finie

Par la suite, Orelsan s’est associé avec son pote Gringe. Résultat : deux albums, un film et une mini-série Bloqués sur Canal +. Les deux rappeurs se sont rencontrés en 2000 et ont collaboré bien avant la sortie du premier album du groupe en 2013. Que ce soit, à travers leurs paroles, le film Comment c’est loin ou la série, les messages restent les mêmes : l’histoire de deux personnes qui tournent en rond. Dans Comment c’est loin, les deux personnages n’arrivent pas à écrire un morceau de rap en entier. Pour Bloqués, c’est l’histoire de deux colocataires s’ennuyant à mourir sur leur canapé.

La série Bloqués n’a duré qu’une saison

Mais le dernier album d’Orelsan, La Fête est finie, marque une véritable rupture. Désormais, Orelsan a gagné en maturité. Il a passé la trentaine et devient légitime pour s’adresser aux jeunes générations. Alors oui, dans Perdu d’avance et Le Chant des Sirènes, il parlait déjà aux plus jeunes. Mais cette fois, le message est bien plus profond et ce sont des véritables leçons de vie et conseils importants qu’Orelsan va distiller.

Les morceaux Notes pour trop tard et San sont constitués quasiment de la même façon : un rythme très lent, laissant la possibilité à Orel’ d’avoir le temps de donner le plus de leçons possibles. C’est aussi pour cette raison que ces deux morceaux sont très longs, respectivement 7:35 et 4 minutes. Il est aussi intéressant de noter que San est le premier morceau de l’album alors que Notes pour trop tard est le dernier, comme si le Normand voulait cadrer son album de leçons de vie. Le morceau le plus connu du projet, Basique, s’inscit dans la même dynamique. Dans ce son, Orelsan rappelle quelques bons conseils, dont certains résonnent particulièrement avec l’actualité: Faut pas faire un enfant avec les personnes que tu connais pas bien

Cet album semble aussi plus optimiste que les précédents. Dans Etoiles invisibles, Orel’ disait : Et il pleut tout le temps dans cette ville de merde. Cette fois, la pluie est vu comme quelque chose de positif : Toujours autant de pluie chez moi mais il fait quand-même beau, il fait beau ! (La pluie feat. Stromae). Cet album est l’occasion pour le Normand de rendre hommage à ville et à ses habitants à travers le feat avec Stromae mais aussi dans Dans ma ville on traîne, dans lequel, à travers un regard rétrospectif de sa vie, le Caennais va détailler tous les contours de sa ville.

Au même titre que Nekfeu, Damso ou Maître Gims, Stromae fait partie des feat assez prestigieux sur La Fête est finie

Le Orelsan de Perdu d’avance a bien changé. Son évolution humaine se ressent profondément dans ses textes. Il est passé de galériens en amour avec des sons comme Sale P*** ou Saint Valentin à Paradis, véritable déclaration d’amour à sa femme. Autre évolution, son évolution sociale. Dans Le chant des sirènes, issu de l’album éponyme, Orelsan résume cette évolution et une de ses punchlines est assez marquante : Un pote attend mes mandats dans sa prison pendant qu’j’suis dans un dîner mondain en train de régler l’addition.

Dans ses premiers albums, nous avons affaire à un jeune homme de la vingtaine qui se pose beaucoup de questions sur sa vie. Dans son dernier, c’est un homme mature qui a passé la trentaine qui est capable de répondre à ces questions.

Crédit photo : Jean Coumet

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