Dinos, le Bruce Wayne du rap français [Analyse Stamina,]

« 3ème album, second souffle ». Voilà comment Dinos a présenté Stamina, son dernier projet sorti le 27 novembre. Après Imany, l’album de l’insouciance et Taciturne l’album de la réflexion, Dinos change totalement de registre avec Stamina,. Désormais, le rappeur de la Courneuve a un objectif : s’affirmer sur le long terme dans le rap français.

Endurer pour gagner

Pour sortir l’un des albums de l’année, Dinos a dû faire preuve d’une grande endurance, son premier EP étant sorti il y a maintenant 7 ans. On comprend cela avec le titre de l’album, Stamina, signifiant la résistance, la capacité à faire face à une épreuve pendant longtemps. De plus, la cover reprend cette idée. On y voit Dinos donner une leçon de boxe à un enfant. Le rappeur parisien a enchaîné les coups et les rounds dans le rap tel un boxeur. De plus, cette carrière, Dinos se l’est construite seul. Il l’expliquait déjà dans Taciturne : « Ca fait un bail qu’on rape mais ça paye juste maintenant parc’qu’on a sucé la bite de personne donc ça met plus de temps » et le rappelle dans Le nord se souvient, 9ème track de Stamina, : « Moi j’ai tout pris tout seul, on ne m’a pas aidé ».

Mais malgré 7 ans dans le rap game – même plus si on compte sa présence dans les rap contenders sous le nom de Dinos Punchlinovic – le rappeur de la Courneuve ne s’est toujours pas imposé comme une figure essentielle du paysage musical hexagonal. Il affirmait déjà sa volonté de s’affirmer par les ventes il y a un an dans l’intro de Taciturne : « J’suis l’mec que tout le monde aime bien mais qui vend pas beaucoup d’skeuds / Mais tout ça c’est fini j’te l’jure devant Dieu ». Sauf que Taciturne n’a pas eu le succès commercial espéré. Album très introspectif, ce dernier a été certifié disque d’or que très récemment.

Dans une interview accordée à RAPRNB, Dinos explique qu’il vise toujours plus haut : « C’est bien d’être vu comme un bon élément mais si t’as pas de titres, ça ne renforce pas ton envie personnelle d’acquérir des trophées. Dès que j’ai eu mon disque d’or, je me suis demandé comment j’allais faire pour avoir le platine. » Le rappeur natif du Cameroun n’est pas rassasié. Il veut toucher un public beaucoup plus large, pour augmenter ses chiffres de vente afin de s’affirmer comme une figure du rap game, mais aussi pour sortir lui et ses proches de la galère.

Le pouvoir de l’argent

Si l’argent ne fait pas le bonheur, il peut tout de même bien aider à le trouver. Et Dinos l’annonce dès le début de l’album dans Dyptique : « J’ai pas la conscience tranquille mais j’ai les poches pleines […] L’argent c’est le meilleur des pouvoirs, demande à Bruce Wayne ». Bruce Wayne n’a pas de pouvoirs surnaturels comme Superman mais grâce à sa fortune il devient Batman et peut sauver ses proches, comme espère le faire Dinos : « Maman veut m’sauver elle sait pas que je vais la sauver » (Ciel pleure). Grâce à son art, il se sent désormais capable de faire du bénef : « Donne-moi cents, j’en ferai deux cents / Donne-moi de l’eau j’en ferai de l’essence » (Demain n’existe plus).

« Plus j’connais les hommes, plus j’aime l’argent » Freestyle Booska-P

Et pour gagner cet argent, Dinos enfile sa tenue de braqueur, une image déjà utilisée par Vald dans Ce Monde est cruel. Ce parallèle est criant dans le refrain du featuring avec Nekfeu : « Envoie la mèche, envoie l’feu, envoie l’gun ». Dans cette collaboration, les deux MC se comparent même à des « wanted bandidos dangereux », c’est à dire des criminels recherchés. Autre feat où on retrouve cet univers du braquage, celui avec Leto : « De-spi j’tape dans la caisse » « J’arrive avec les mains gantés ». Enfin, on retrouve ce parallèle entre son art et le braquage à la fin de Dyptique : « Écran d’fumée sur le casque, gants en cuir comme si je préparais un casse / J’finis d’chanter, j’prends le biff, les bitchs, j’me casse »

En bref, Dinos souhaite devenir un super-héros, capable d’amasser beaucoup d’argent pour se sauver lui et ses proches de la misère qu’il décrit dans Maman m’aime : « Toute ma life j’ai rêvé de partir d’ce putain de trou à rat ». Il explique dans le refrain de ce morceau qu’il souhaite s’élever grâce au succès commercial qu’il espère : « J’viens d’en bas, c’que j’fais dans la vie, wAllah, j’sais même pas / J’ai des loves, sur la tête des mioches, j’serai plus jamais pauvre ».

Parmi ses proches qu’il souhaite sauver, une personne revient très souvent : sa mère. Dans Césaire, 7ème track de l’album, on voit une certaine évolution dans sa relation avec sa mère. En effet, il commence son premier couplet par « Maman veut du love » mais commence son second par « Maman veut des loves ». Ici, le rappeur joue sur l’homophonie entre le love, l’amour en anglais, et les loves, c’est à dire l’argent. Sa mère était déjà évoquée dans le freestyle Booska-P avec cette magnifique punchline : « Plus je connais les femmes, plus j’aime maman ».

Cette idée de fuite du quartier n’est pas nouvelle chez l’artiste qui’il évoquait déjà dans Taciturne : « J’pensais qu’si j’avais d’l’argent j’voudrais sauver le monde / Maintenant qu’j’commence à en avoir j’veux juste me sauver d’ce monde » (Quand les cailleras prient).

L’évolution

Mais pourquoi Stamina, rencontrerait un succès commercial pouvant amener au platine espéré par Dinos ? Car Dinos a changé, a évolué depuis Imany et Taciturne : « Me r’parle plus jamais comme si j’étais encore le Dinos d’Imany » (93 mesures). Pour cet album, Dinos souhaite que son public se détache de l’image qu’ils avaient du Dinos des deux premiers albums. Cette évolution est très présente dans le feat avec Nekfeu.

Crédit photo : Matthieu Alexandre/Joël Saget

Les deux parisiens avaient déjà collaboré en 2013 sur le premier EP de Dinos. 7 ans plus tard, les deux protagonistes sont toujours là, le fennec étant même devenu l’un des plus gros vendeurs du rap français avec 3 albums certifiés platine. Dans une collaboration pleine d’egotrip, les deux artistes montrent que grâce à leur art ils ont réussi à améliorer leur train de vie, passant de « jeunes ambitieux » en 2013 à artistes confirmés : « J’suis avec Ken dans le Classe G ». Au passage, Dinos semble avoir une obsession pour cette voiture puisqu’on y retrouve de nombreuses références au fil de l’album, une nouveauté chez lui. Exemple, dans Paranoïaque : « J’descends du classe G les pecs gonflés comme si j’étais Jin Kazama ». Mais, malgré leur évolution, Dinos n’est pas rassasié. Il a eu le disque d’or, il veut le platine. Le disque d’or est un bon succès commercial, il veut un plus grand succès : « J’veux la Sacem de Sopran Baba » / « J’ai faim qu’de biff ».

L’amour et l’Afrique toujours présents

Malgré cette évolution par rapport à ses précédents projets, certaines thématiques restent très présentes dans l’univers de Dinos. La rupture amoureuse est inscrite dans de nombreux sons, à l’instar d’Imany et Taciturne. « Elle m’a dit qu’elle m’aime, je lui ai dit qu’ça lui passera« . Dinos va même comparer l’amour à une maladie remboursable par la Sécurité sociale dans le touchant Demain n’existe plus.

L’artiste parisien reste très nostalgique, se posant beaucoup de questions (Je wanda, 6ème piste de l’album signifiant d’ailleurs Je m’interroge). Il évoque aussi souvent le triste sort de l’Afrique, un continent à reconstruire dans Maman m’aime, un continent trahi dans Césaire et enfin un continent qui saigne dans 93 mesures. Ce dernier morceau a marqué les esprits de beaucoup de monde, sublimé par le talentueux pianiste Sofiane Pamart (on ne peut que vous conseiller d’écouter l’album Pleine Lune de ce dernier). Les thèmes de l’Afrique et de la rupture amoureuse sont des constantes chez Dinos, il n’est donc pas surprenant de les retrouver dans cet album, qui fait tout de même figure de rupture dans la carrière du rappeur parisien, désireux de marquer les esprits avec ce 5ème projet.

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